Une rave légale réussie pour les 15 ans des T.lesco.P

Ce week-end du 24 mai, alors même que se prépare pour la semaine suivante une manifestation contre la répression du mouvement des free-parties sous la forme d’un teknival, le collectif T.lesco.P réussissait le pari fou d’organiser une rave légale. Encore faut-il avoir la chance de tomber sur un maire aussi enthousiaste que celui de Pleyber-Christ, et constituer un dossier honnête, précis dans les moindres détails, et sans faute d’orthographe – s’il vous plait – témoignant du sérieux de l’organisation.

 

15 ans des T.lesco.P

 

 

Rave légale : s’est-on éloigné de l’esprit originel de la free-party ?

Pour beaucoup, légaliser la rave symbolise la mort de la liberté. On se souvient en effet des « sarkovals » ; ces teknivals autorisés, encadrés et clôturés à la manière des réserves naturelles pour les indiens d’Amérique. 

Mais ici, dans le Finistère, Grand Chef entretient des relations cordiales avec Visage Pâle, et le sheriff surveille d’un oeil amical le montage du village : on remarquerait même une certaine zénitude de la part des forces de l’ordre qui ne sont plus là pour enterrer le mouvement à coup d’amendes et d’avertissements, mais qui se posent en simple garants du bon déroulement de l’évènement.

 

15 ans des T.lesco.P

 

Si le frisson de la clandestinité s’est dissipé, le confort s’est amélioré. Il aurait été impensable de monter illégalement une façade de 70 Kilowatts sur cette colline donnant sur une vue imprenable de Morlaix jusqu’aux sommets des Monts d’Arrée sans être immédiatement repéré.

 

15 ans des T.lesco.P

 

Luxe ultime : le nombre de participants n’est pas soumis à la limitation habituelle des 500 personnes, on peut donc y aller de bon coeur sur la promotion de l’évènement. On apprécie surtout de pouvoir connaître l’emplacement de la fête à l’avance, plutôt que d’attendre l’info sur un parking de supermarché.

 

On se retrouve au final avec un évènement sans barrières ni service de sécurité, un contexte moins répressif et un public qui se fout toujours autant des codes imposés par la société. Bien qu’une entrée payante soit nécessaire afin de respecter les exigences légales (notamment en terme de sécurité et d’hygiène), l’esprit « free » – comprendre « de liberté » – est plus fort que jamais.

 

15 ans des T.lesco.P

 

Un terrain accueillant 

Arrivés au lieu-dit Gorébloué, on est d’abord surpris par l’impeccable disposition du parking : les camions d’un côté, les voitures de l’autre, scrupuleusement rangés en allées concentriques autour de l’enceinte de la fête. Cette disposition présente l’avantage de réduire les distances entre le parking et le site : un détail hautement stratégique quand on sait le nombre d’allers-retours effectués en moyenne dans la soirée ! On apprécie également le gazon soigneusement fauché, ce qui est toujours plus agréable pour s’y prélasser.

 

Photo : Antonin Antidote

Photo : Antonin Antidote

 

Une arche à la mode japonaise nous invite à pénétrer dans le village. L’oeil est immédiatement attiré par cette immense fresque sur laquelle sont représentés deux guerriers tout droit sortis d’un jeu d’arcade japonais. Au centre de cette façade qui doit bien faire 8 mètres de haut, le logo des T.lesco.P, surmonté d’un bouton « power » annonce la couleur : ici on est là pour s’amuser dans un monde qui n’est peut-être pas virtuel, mais où l’on peut quand même oublier la réalité. La cabine du DJ est elle aussi déguisée en bicoque japonaise, et des lampions sont disposés un peu partout sur le site. Même les bosquets font figure de jardins japonais avec leurs pierres et leurs arbustes en forme de bonsaïs !

 

Une rave… Pour nous faire rêver

Si l’on ne peut définitivement pas s’empêcher ce genre de jeux de mots de bas étage, c’est qu’il y a réellement une corrélation entre rave et rêve ! Et ici tout semble fait pour nous émerveiller et nous surprendre : un show laser époustouflant, une programmation variée (des vieux tubes House au gros Hardcore sombre, en passant par la Dirty Électro énergique et la Trance Goa planante).

 

15 ans des T.lesco.P

 

Mais la vraie surprise se trouve sous le chapiteau. Imaginez : vous quittez le balais des lasers, traversez le champ en passant devant les boutiques d’artisanats et les camions de restauration (miam miam les pizzas et les burgers !). Le vrombissement du mur de son est toujours aussi présent… Quand tout à coup, vous vous retrouvez en plein pogo de Métal !

 

Yugal - 15 ans des T.lesco.P

 

Changement d’atmosphère improbable tout au long de la nuit, puisqu’on aura le loisir d’y voir une pièce de théâtre, une performance scénographique son et lumière ou encore un conte en musique.

 

itrema - 15 ans des T.lesco.P

 

D’autres concerts et DJ sets viendront agrémenter cette scène alternative (mention spéciale pour le set de la Fanfara Electronica qui nous a apporté la parfaite impulsion à coups de trompettes balkaniques au lever du soleil !). Le coin est tout ce qu’il y a de convivial : on peut en profiter pour se prendre une soupe ou se faire masser sous une yourte, ou aller boire un chaï au Flying Tea Shop qui s’est agrandi et nous accueille désormais sous un beau tipee blanc.

 

 

Enfin, si vous avez de la chance, vous croiserez peut-être Franklin le magicien qui vous fera des tours tout simplement hallucinants.

On regrettera seulement que le quartier soit la première victime collatérale du mur de son, rendant quelques fois l’écoute pénible.

 

Franklinmagie - 15 ans des T.lesco.P  

Composé d’un mélange hétéroclite de jeunes, de moins jeunes, de punks, d’intellos, de « coreux », de « tranceux », de riverains et de voyageurs lointains, le dancefloor n’aura pas désempli du week-end. Et ce n’est que lorsqu’on se retrouve à faire la chenille en entonnant tous ensemble « Jacky, ta 4L elle est pourrie ! » qu’on se dit que là, il est vraiment temps d’aller se refroidir les neurones.

 

15 ans des T.lesco.P

photo : Num…[OBS©ruw]

 

Cette teuf des 15 ans des T.lesco.P aura été un évènement insolite : rassembler plus de 5 000 fêtards dans un cadre magnifique, en proposant une programmation aussi variée, c’est une chose. Le faire en totale coopération avec les autorités, en ressortir sans incident majeur et avec les félicitations du Maire de la commune, c’est une autre paire de manches. Cela devrait permettre de redorer le blason d’un mouvement toujours victime de préjugés, et, espérons le, d’ouvrir la porte à de nouvelles perspectives ?

 

Photo : Antonin Antidote

 

 

 

Capt’aine Tortue

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