Théâtre : « Les fausses confidences » : un marivaudage sans passion

Il y a quelques semaines, le BDE d’ Histoire Deux (à Rennes 2) proposait des places à prix très attractifs pour se rendre au TNB le jeudi 15 mai, et assister au spectacle mis en scène par Luc Bondy : « Les fausses confidences » de Marivaux. Les têtes d’affiche sont prometteuses : Isabelle Huppert, Jean-Damien Barbin et Louis Garrel, notamment. Et puis, la pièce traîne dans ma bibliothèque depuis un certain temps, sans que j’aie encore pris le temps de la lire. J’y vois donc l’opportunité de découvrir un auteur ô combien renommé pour ses comédies d’amour, et un metteur en scène qui depuis quarante-cinq ans s’est attaqué maintes fois aux plus grands classiques.

 

Photo : Pascal Victor

Photo : Pascal Victor

 

Le public n’est pas encore tout à fait installé que déjà deux des comédiens, dont Isabelle Huppert, sont sur scène. Alors qu’une collection d’escarpins est disposée derrière eux, sans qu’on sache bien pourquoi, les deux acteurs procèdent à un ensemble de mouvements qui font penser à des exercices de tai chi. Une entrée en matière déconcertante… Les deux comédiens disparaissent. Et, soudain, c’est Louis Garrel, revêtu d’un grand manteau sombre très seyant, qui débarque sur le plateau. On devine déjà les sourires en coin dans la salle – oui, il est toujours aussi beau que dans Les chansons d’amour ! L’intéressé n’a pas été choisi innocemment, tant la « bonne mine » de son personnage est soulignée dès le début de la pièce. Il interprète Dorante, jeune homme désargenté, qui, sur les conseils de son ancien valet Dubois (Yves Jacques), vient proposer ses services comme intendant auprès d’Araminte (Isabelle Huppert). Or, la riche veuve, qu’il aime avec passion, ne s’en doute aucunement. Dubois, véritable marionnettiste de l’intrigue, entend bien les réunir…

 

Photo : Pascal Victor

 

Les quiproquo et soi-disant « confidences » vont s’enchaîner à un rythme enlevé, à l’image d’un bon vieux vaudeville. Toutefois Marivaux va plus loin, car l’intrigue très (trop?) complexe, faite de machinations ingénieuses orchestrées par Dubois, doit montrer toutes les fines nuances d’émotions qui gagnent les personnages, aux prises avec les difficultés de la conquête amoureuse.

 

 

 

Or que retenons-nous de la mise en scène de Luc Bondy ? Une vraie légèreté dans le ton, certes, mais de sentiments, point ! Alors oui, Isabelle Huppert, tout en self-control au début de la pièce (le fameux tai-chi!), prend peu à peu des mines affectées de plaisir, elle s’étire, s’allonge avec volupté, ou encore chiffonne ses cheveux sur son visage… mais on peine à expliquer ces manières d’abandon, tant il manque quelque chose, une étincelle, un soupçon de complicité entre les deux protagonistes, qui rendraient consistants et crédibles leurs sentiments réciproques. Louis Garrel, trop souvent dans la retenue, ne parvient pas à rendre compte de l’amour fou qui brûle en son personnage, même à la fin du troisième acte. Et le jeu d’Isabelle Huppert est décevant. Alors, oui, c’est sans doute une très grande actrice de cinéma, admirée, adulée, encensée… mais sa voix sur scène porte trop peu. On a le sentiment parfois qu’elle la force afin de la rendre audible, à tel point qu’elle en devient entêtante. Parfois même, le texte ne passe pas ! Comment, dès lors, croire sincèrement aux transports qui l’animent, elle dont le timbre devrait chanter et vibrer sous l’irrésistible effet de la passion ?

 

Photo : Pascal Victor

Photo : Pascal Victor

 

Sur la scène, des pans de mur se rapprochent et s’écartent les uns des autres au fil de l’intrigue et au gré des sentiments, comme les pièces d’un puzzle qui auraient du mal à s’assembler. Au moment du dénouement, le décor trouve peu à peu son assemblage, comme pour inciter les amants à se réunir. Un parti-pris intéressant, qui, malheureusement, n’est pas exploité dans la mise en scène : Louis Garrel, étalé sur le sol, ne se tourne même pas vers Isabelle Huppert, qui elle- même est allongée sur une cheminée. Aucune effusion sentimentale, aucune tendresse, ne serait-ceque par le regard ! A force d’intrigues, l’amour serait-il déjà épuisé entre les deux protagonistes ? Certains l’ont suggéré.

 

 

 

Les autres comédiens, néanmoins, souvent dans la caricature burlesque (on pense notamment à Mme Argante interprétée par Bulle Ogier, et à Arlequin, joué avec brio par un Jean- Damien Barbin à la voix tonitruante, les cheveux en bataille, et l’air de s’être enfilé déjà quelques verres) ne déçoivent pas ! Malheureusement, à un moment crucial de la pièce, ils sont placés en arrière-scène, si bien qu’on ne peut apprécier leur jeu exubérant à leur juste mesure.

 

 

 

Des applaudissements nourris, des spectateurs debout, et moi je reste assise, plutôt dubitative. Enfin, ça fait toujours plaisir d’aller au TNB. Un grand merci d’ailleurs à Histoire Deux, qui nous permet d’assister régulièrement à des spectacles au cours de l’année ; en espérant que le partenariat sera conservé l’année prochaine !

 

Anna K.

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