Teknival des Trans-off 2013 : la Techno reprend ses droits

 Par Cap’taine Tortue, mardi 10 décembre 2013 

 

  

Face à une politique toujours plus restrictive (annulation, entre autre, du multison 44, et du festival Funky freaks) et plus répressive (saisie des sons Epsylonn, Muscanoiz, Enket2tek). Les raveurs ont souhaité manifester leur mécontentement en frappant un grand coup.

 

 

Une manifestation s’est tenue samedi après-midi sous la forme d’une opération escargot sur la rocade de Rennes. Celle-ci n’est pas passée inaperçue : le demi-millier de véhicules qui circulaient en convoi dans un concert de klaxons, de sonos et de mégaphones, le tout dans la joie et la bonne humeur, a provoqué 15 kilomètres de bouchons. Le génie de cette opération a été de permettre dans un même temps de servir de couverture à l’installation du teknival, les forces de l’ordre ne pouvant bloquer un convoi aussi énorme sous peine de paralyser totalement le trafic routier ! Et même pour le convoi, il aura parfois fallut plus de 3 heures pour parcourir les 15 kilomètres entre la rocade et le site du teknival, situé au sud de Rennes.

 

Manifestive sur la rocade de Rennes

 

Mais la grandeur de l’évènement ne s’arrête pas là. C’est le choix du site qui fera rentrer ce teknival dans les annales. Alors que nous avons été habitués au bitume des bases militaires : des endroits sans âmes où les sound-systems sont installés en séries, celui-ci a élu domicile au Chateau de Massaye, à Pont-Réan. L’endroit est tout simplement superbe (et plus spécialement en automne) et propose des configurations variées permettant aux sons de recréer différentes atmosphères.

  

 

 

 

 

Ainsi, certains s’installent dans des bâtiments désaffectés, d’autres dans des prairies, tandis que d’autres encore préfèrent l’orée d’un bois, la stabilité du bitume ou le confinement d’une cour. Cela suit également une logique musicale : l’univers d’un hangar désaffecté étant plus propice à la Mentale ou l’Acid techno, alors que la cour se prête à une ambiance plus « dance floor » par exemple.

 

 

 

 

 

Une vingtaine de sons se sont donc installés dans le parc de cet ancien hôpital, offrant un panel musical allant de la Minimal au Frenchcore en passant par la Trance, l’Électroswing, la Drum’n'Bass et même…par des vieux tubes des années 80 ! Cette diversification musicale amène un public lui aussi plus varié : on n’a plus besoin d’être un teufeur aguerri pour y trouver son compte, et dans ce sens, on peut dire que les teknivals ont muté en passant de rassemblements d’amateurs de musiques un peu extrêmes (avec, il est vrai, un certain côté « trash ») vers des évènements plus larges rassemblant tous les amateurs de musiques électroniques en quête de liberté. D’ailleurs, qui n’a jamais entendu un « ancien » se plaindre que « c’était mieux avant », que le mouvement s’est uniformisé en kaki-piercing ? Eh bien ce week-end on a vu de la couleur, du déguisement, et même du BCBG. La teuf semble avoir pris un nouveau virage, où chacun semble s’impliquer à sa manière pour continuer à la faire avancer, comme le suggère ce dreadeu venu habillé en costard-cravate ou cette pancarte au dessus d’un stand de chaï « Ce s’ra mieux après ! »

 

 

Mais au fait, de quelles libertés s’agit-il exactement ? Celle d’oublier l’argent, les normes et les règles. Celle d’amener ses propres provisions, d’aller se promener en forêt sans se heurter à des barrières, de longer les douves du château ou d’escalader un promontoire sans qu’un vigile nous attrape parce que « c’est trop dangereux », celle de se saper en costard ou se déguiser en éléphant rose sans se faire dire que « ça va pas être possible ce soir ». En bref, tout un tas de petites choses qui nous donnent le sentiment d’exister, et contribuent à l’euphorie de la fête. Et cette euphorie était bien visible sur tous les visages ce samedi : comme si le fait de se retrouver tous dans cette « zone d’autonomie temporaire » nous unissait et nous rendait tous copains avant même de se connaître. Mais il y avait quelque chose d’autre ce soir là : un sentiment de participer à quelque chose de fort et d’unique, voire même peut-être…d’historique !

 

 

La fête s’achève dimanche vers 15h, et l’on voit tout à coup une colonne de fumée noire s’élever. Il s’agit du sound-system TlescoP qui a mis le feu à sa sono, et souhaite montrer par cette ultime manœuvre militante que peu importe les saisies matérielles, le mouvement continuera d’organiser des soirées. Le site est ensuite rapidement nettoyé, car les fêtards semblent avoir pris leurs responsabilités pour maintenir le lieu en état tout au long de l’évènement. Un couple de retraités venus visiter le teknival affirme n’avoir pas entendu ni de nuisances ni de plaintes de riverains à Pont-Réan, et s’étonne des impressionants dispositifs déployés : « Vous avez fait les choses bien et vous vous êtes bien amusés, c’est super ! »

Les forces de l’ordre veillent sur la bonne fin de l’évènement, le dialogue est cordial, quelque fois même des sourires sont échangés.

 

  

Avec plus de 10 000 participants, aucun report d’incident grave et manifestement peu de nuisances, ce teknival des Trans off 2013 aura permis de démontrer la viabilité du principe d’autogestion, la possibilité de cohabitation à proximité d’une agglomération (à seulement 1kilomètre !), le sérieux des organisateurs et l’évolution des mentalités des participants vers une plus grande responsabilisation. Il aura également mis en lumière la forte demande liée à ce type d’évènement, avec une fréquentation qui rivalise avec celle des Trans Musicales, pourtant un des plus gros évènements d’Ille-et-Vilaine.

 

L’État sera-t-il sensible à cette démonstration ?

  

 

Cap’taine Tortue 

Sources photos : Juliette Baucis  / Maïwenn / Soif2Rennes

 

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Faites tourner !

 

 

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