Report – Odezenne @ Antipode

 

Trois ans. Depuis trois ans, à chaque soirée, l’un de nous entame « Tu pu du cu« . C’est vous dire combien l’attente fut particulière depuis l’annonce de leur passage à l’Antipode MJC de Cleunay. Et on en a pas loupé une miette. 

 

Révisions des classiques à l’appart avec les copains, on finit rapidement à vingt. J’ai pas dis à jeun. Deux petits chatons fraichement débarqués observent la scène. 21h, top départ. Devant la salle, ambiance bière-clope détendue. Rien qui ne laisse présager de l’importance symbolique de ce concert. Premier live de leur tournée d’hiver après un passage au festival des Inrocks à la Cigale, date de sortie de leur 3e album et début d’une reconnaissance artistique qui risque d’exploser prochainement au grand jour. Car pour l’instant, on avait l’impression que l’indépendance voulue du groupe les cantonnait à un public plus restreint.

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Report – Jacques @ Maintenant

Jacques est un énergunème. « Mais c’est quoi cette coiffure ?! » était sur toutes les lèvres sitôt le personnage dans la lumière. Invité du festival Maintenant à Rennes, Jacques a plu. Installé dans le théâtre du Vieux St-Etiennes, l’ambiance curieuse s’est transformé en expérience live passionnante.

 

Jacques au festival Maintenant

 

Les gens fument une clope en discutant naïvement dans le petit parc qui jouxte l’ancienne église. On rentre. Le lieu est éclairé à minima, deux spots sont braqués sur les quelques flightcases qui servent de scène. Jacques est déjà à l’oeuvre. La petite troupe observe, écoute, intriguée. Une incompréhension flotte. L’artiste enchaine les sons étranges et se comporte d’une drôle de façon. Parfois semble-t’il s’éclater tout seul sur sa musique cérébrale, se foutant ouvertement de la gueule de son public. Puis de temps à autre, on note une lente construction de mélodies houses.

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Report – Juan Atkins @ 1988 LiveClub

Lorsque l’un des pères fondateur de l’église Techno passe à Rennes, pas d’excuses pour louper cette rencontre avec l’histoire vivante d’un mouvement en pleine renaissance. Retour sur l’un des évènements marquant du week­end alors que tous les projecteurs du monde de la musique sont braqués sur la ville.

 

Juan Atkins

 

Difficile d’ignorer la seconde vague techno qui s’abat sur la France. Avec les soirées Concrete, l’exposition Paris Music Club à la Gaité Lyrique, la Red Bull Music Academy, les rendez­vous Astropolis et tous ceux qu’on oublie de citer… l’offre est large, les nouveaux artistes nombreux. Et les anciens papes du mouvement techno né à Detroit profitent de ce regain d’intérêt. Avec le groupe Cybotron, le label Metroplex, et son pseudo « Model 500″, Juan Atkins est une des pierres fondatrices de la techno. Il est en tournée avec Kevin Saunderson et Derrick May pour fêter les 30 ans de leur mythique label Metroplex. 

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Report – OX Absolut Company @ UBU

Il est 3h du matin, Alejandro Paz laisse la place à La MVerte, en douceur. Le public est trempé, il fait chaud à mourir. Comme à son habitude, le dancefloor est plein à craquer, et il est difficile de danser sans se gêner les uns les autres.

 

OX - Absolut Company - Romain Tardy

Crédit photo : Boby

 

Assurément, la proposition lumineuse de Romain Tardy attire les foules de curieux. Hélas, il est compliqué d’en profiter. La salle de l’UBU formant un « L », une bonne partie du public s’est vue reléguée sur le coté, dont l’angle masquait puissance de la prestation scénique.

Pourtant le projet proposé est intéressant. Mêlant mapping, déplacement cinétiques et Vjing, l’oeuvre de Romain Tardy remplit formidablement l’espace de la scène. Cet enrichissement est tout à fait bienvenu, tant les sets de techno ont tendances à se ressembler maintenant.

 

OX - Absolut Company - Romain Tardy

Crédit photo : Boby

 

On a cependant du mal à voir l’aspect exceptionnel de OX.

Difficile de se rendre compte de l’intelligence de l’installation. Nous n’avons pas eu l’impression que la machine ressentait véritablement la musique. Visuellement en tout cas, pour nous l’oeuvre ne fait qu’analyser les fréquences et les temps forts d’une track, et non sans accros : car par moment il nous a parut que le visuel manquait de synchronisation ou de cohérence avec la musique.

 

OX - Absolut Company - Romain Tardy

Crédit photo : Boby

 

L’originalité et la diversité des effets proposés par OX en font tout de même une prestation qui – avec quelques ajustements (soulignons que l’UBU était la première date de la tournée) - permettra d’ajouter une nouvelle dimension plus immersive à une soirée électro, où la place du DJ se fait plus discrète pour laisser la place aux émotions véhiculées par la musique et mises en valeur par le visuel : un concept dont nous sommes demandeurs tant les soirées actuelles se basent trop souvent sur l’unique argument d’un DJ à la mode.

 

OX - Absolut Company - Romain Tardy

Crédit photo : Boby

 

Pour aller plus loin : lisez notre interview de Romain Tardy ici !

 

Corentin Kieffer

Reunisound 3 – C’est quoi une rave ?

La Réunisound se tenait ce week-end du samedi 25 au lundi 27 juillet près de Rougé (44) sous le statut de “rave légale”. Un mois auparavant, une soirée similaire avait été organisée par l’association T.lesco.P à Botmeur (29).
Se pourrait-il alors que nous assistions à la genèse d’une nouvelle époque, celle des raves tolérées, mieux organisées, mieux sécurisées et dans un meilleur respect de leur entourage ? (Les voisins pouvant être prévenus à l’avance plutôt que de se retrouver devant le fait accompli)

 

Réuniound 3.0

 

Mais au fait, c’est quoi une rave, aujourd’hui ?

 

Loin du cliché du rassemblement du “teufeur kaki” pataugeant dans la boue au rythme d’une musique agressive et ultra-rapide, incompréhensible par le commun des mortels, la rave d’aujourd’hui est plutôt une sorte de communion de la fête libre qui ne se limite plus à un public de niche mais s’étend à toute personne curieuse et sensible à des valeurs comme le partage, la convivialité et la liberté.

 

 Dôme - Réuniound 3.0

 

Il faut être curieux, car la rave n’a pas de “moule”. Elle se déroule chaque fois dans un lieu différent et, toujours, avec le souci d’entretenir l’émerveillement, les décors changent et deviennent toujours plus grandioses. Cette fois-ci, des cabanes ont été spécialement construites pour s’implanter derrière le mur de son de la scène principale et lui donner son aspect majestueux ; un souvenir qui restera gravé dans la tête de milliers de rêveurs.

Il faut être curieux, car la rave est pleine de surprises : A-t-on déjà eu l’occasion de visionner un classique de cinéma sous un dôme à l’orée d’une forêt ? S’attendait-on à assister à un concert de chanson française, de rap, ou de trance acoustique (par le célèbre groupe Goayandi, en tête d’affiche du Rêve de l’Aborigène le lendemain) ?

 

Concert de Goayandi à la Réunisound

 

Il faut aussi être prêt à partager, car ici on cherche à s’évader de cette société où l’argent est le maître-mot. Chacun vient contribuer généreusement à l’événement armé de son art ou de ses compétences. Certains sont musiciens, DJs, compositeurs, d’autres construisent des décors, jonglent, ou mettent simplement leur temps à contribution en tant que bénévole au service des nombreuses tâches qui garantissent la bonne tenue de la fête. D’autres encore, en modestes spectateurs, offrent une cigarette, un sourire, une histoire drôle…

 

 Réunisound déguisé

 

La rave a donc cela de différent du festival qu’il ne s’agit pas d’une prestation mais d’un partage, et c’est peut-être cela qui la rend plus humaine. Cette dernière caractéristique est un point essentiel à son identité, et l’on voit bien l’effort investi dans la mise en place d’espaces conviviaux censés favoriser les rapports humains : à la Réunisound, plusieurs bars et espaces de détente  (ou « chill out ») étaient installés (sous chapiteau, dôme et même dans les arbres !), et des activités étaient proposées tels qu’un atelier de sténopé ou un espace de jeux (fléchettes, enfonçage de clou, passe-trappe). Le comble de la convivialité fut probablement la traditionnelle distribution du cochon grillé dimanche après-midi ; petit clin d’œil au banquet du village gaulois d’Astérix, prouvant bien – malgré les milliers de participants – que l’événement tient à sa dimension presque familiale.

 

 Chill Out - Réunisound

 

Enfin, la rave répond à ce désir de liberté qui existe difficilement ailleurs de par le caractère payant et donc cloisonné des événements, ou par les normes de sécurité très exigeantes qui régissent l’accueil de public habituellement. Ici on est libre de se promener à vélo, à dos d’âne ou de dragon, mais aussi d’aller chercher un pull à la voiture quand on a froid (c’est tout bête, mais ce n’est pas le cas partout !) ou de faire goûter sa dernière recette de mojito aux copains sur la piste de danse.

À cette liberté, la responsabilisation prévaut car l’auto-gestion est de mise : on ne se gare pas non plus n’importe comment ni n’importe où, et on est prié de se respecter soi, de respecter les autres ainsi que l’environnement, car chacun est acteur dans la réussite de l’événement (on en revient à la différence entre partage et prestation).

 

 Spectacle - Réunisound

 

La Réunisound 3.0 aura été un exemple réjouissant de ce nouveau modèle de rave-parties construites en collaboration avec l’État : une programmation éclectique faite pour plaire à un large public, avec des concerts, des DJ sets festifs (minimal, electroswing, drum’n’bass…), d’autres plus psychédéliques (psytrance, acid techno, tribe…), avec son lot de surprises (spectacles, mises en scène, décorations) et même un certain confort ! (toilettes sèches toujours propres, nombreux espaces « chill out », annonce du lieu à l’avance, démarrage de l’événement à une heure raisonnable…)

 

La fête aura également permis de mettre en valeur l’unité, la créativité et le talent des nombreux sound-systems et autres acteurs du milieu underground qui ont pris part à ces trois jours de rêve éphémère et qui auront émerveillé un public venu de toute la France et même d’ailleurs.

 

 

Capitaine Tortue

Photos : Ephem’R

 

Arbre à pensée - Réunisound