Report : L’Élabo fait son cirque

Par Adrien L., 25 janvier 2014 

 

Théâtre de l’Élaboratoire, jeudi 23 janvier 2014

 

Du cirque? Oui vous savez, avec  un chapiteau, des clowns, des acrobates, des trapézistes, des jongleurs ou encore des fauves. Vous avez forcement vu ces affiches qui, à l’arrivée des beaux jours, viennent couvrir les espaces d’affichages des villages: la grande rouge avec ses gros caractères jaunes et son énorme clown hilare qu’on dirait échappé d’un asile d’aliéné. Quoi, les clowns vous font peur? Et bien prenez un tranxène et poursuivez votre lecture. Souvenez-vous : c’est les grandes vacances, vous avez huit ans, un énorme convoi traverse le village puis, une voix nasillarde dans un haut-parleur : « ce soir sur la place du marché, pour une représentation unique… » Et le soir venu, sous le chapiteau, ces odeurs de paille et d’animaux sauvages… Ici, je laisse chacun à ses propres souvenirs d’enfance, ce soir on va au cirque à l’Élabo !

 

 

 

L’Élaboratoire, pour ceux qui ne connaitraient pas, c’est une friche artistique installée plaine de Baud. Depuis sa création en 1997 ce squat a pour vocation d’accueillir toutes les formes de spectacles vivants et d’offrir un lieu aux artistes pour créer et partager. Car le partage est le maître mot de ce lieu, c’est ce que nous rappel Monsieur Loyal avant de nous inviter à prendre place dans les gradins du théâtre. Initialement prévus sous le chapiteau de l’association, des problèmes techniques ont forcés le transfert du spectacle vers une salle plus petite, amenant une certaine désorganisation dans le programme prévu. Le spectacle s’ouvre avec le conteur de la roulotte-aux-histoires qui nous emmène en musique dans la savane, pour une course poursuite endiablée entre une mère cannibale et son fils.  Le public se prend vite au jeu, et l’on se retrouve à chanter, crier et rires des déboires de ce pauvre enfant de dix ans qui aspire à ne pas devenir le quatre heures de sa mère.

  

 

Tenu en haleine de bout en bout par cette histoire, on est content de pouvoir aller prendre un petit verre au bar pour l’entracte. On sent déjà l’ambiance de la soirée qui monte, la soixantaine de personnes présentes prennent l’apéro et le volume sonore monte à mesure que les verres se vident. Mais cette entracte n’en est en fait pas une, toutes les têtes se tournent quand un couple de clowns prend place au milieu de la petite salle qui tient lieu de bar et se lance dans une interprétation totalement déjantée d’un sondage tout à fait improbable. On est en plein théâtre de rue… de bistrot pardon, voilà que le public qui entoure les deux artistes tombe sous les griffes d’une enquêtrice clownesque totalement barrée.

 

 

Les clowns laissent place à la musique. La chanteuse Marjolaine Karlin nous emmène dans son univers aux influences variées, un combo réussi entre une voix mélancolique rappelant la chanson de boulevard  et des rythmes entrainants. Le public semble tomber sous le charme, déjà des danseurs descendent des gradins pour envahir la petite scène du théâtre. Si bien qu’il faut les écarter pour que la compagnie Kirkas Gaya puisse monter sur scène, enfin monter… le terme juste serait descendre. Tour à tour, sur une corde tombant du plafond, les deux cordistes vont nous présenter une chorégraphie improvisée sur la musique de Marjolaine Karlin. Une prestation défiant les lois de la pesanteur et impressionnante de maitrise. Assurément captivante tant on a le sentiment que la chute est proche. Les Kirkas Gaya auraient normalement dû nous présenter leur spectacle 118 kilos, où l’on aurait pu voir ce couple évoluer tous deux sur une corde, mais le replis sur la salle de théâtre plus petite que le chapiteau n’a pas permis l’installation de tout le matériel nécessaire à la représentation du spectacle. Cependant, ces artistes, faisant malgré tout une formidable démonstration de leur art, n’en ont que plus éveillé notre curiosité.

 

 

La soirée se termine comme prévu par un bœuf, où tous ceux qui savent se servir d’un instrument de musique sont conviés. Le public est chaud et tous les styles y passent: rock, punk, jazz… La soirée s’achemine vers sa fin, on a l’impression d’être entre amis, c’est comme si chacun se connaissait. On rit, on danse, on discute ensemble. On se cotise même pour ouvrir un dernier fût de bière! Cette fin de soirée est un de ces moments particuliers dont l’Élabo a le secret, un de ces moments où les frontières entre les gens semblent s’abolir, un de ces moments où on est juste heureux d’être là, tous ensemble. Quand je quitte la salle vers deux heures du matin, les musiciens jouent toujours et ne semblent prêts à s’arrêter que quand tout le monde aura déserté la salle.

 

 

Un regret? Ne pas avoir pu voir la représentation initialement prévue de 118 kilos des Kirkas Gaya, mais qu’importe, car c’est aussi ça qu’on aime à l’Élabo: les surprises et l’improvisation. Tout ce qui fait que ce lieu n’est pas seulement un lieu de représentation, mais quelque-chose de vivant, de très vivant même! Ce fut une super soirée, et si vous n’êtes jamais allé voir les spectacles de l’Élaboratoire, allez-y, renseignez vous sur les ateliers que les élaborantins animent. En bref, profitez de ce lieu pour vous émerveiller, vous amuser, vous exprimer… Car à l’image de ce duo de corde, le destin de l’Élaboratoire est suspendu à un fil, et un jour un de ces non-lieu résidentiel qu’aime tant la ville de Rennes prendra sa place sur la plaine de Baud. Ce jour approche, et il n’appartient qu’à vous de les aider à continuer de nous faire rêver.

 

 

Compagnie Kirkas Gaya: http://www.kirkasgaya.net/

Marjolaine Karlin: http://www.marjolainarium.com/

 

 

Adrien

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