[Report] Février au Grand Sommeil

Vendredi 07 juin

Ça me fait toujours marrer lorsqu’un énorme orage éclate sur la ville de Rennes. C’est un peu le bordel. Les piétons courent dans tous les sens pour s’abriter, les chauffeurs s’agitent sur leur pare-brise pour enlever cette maudite buée et les cyclistes, trempés jusqu’aux os, continuent leur chemin tout en gardant un semblant de dignité.

 

N’empêche que moi-même, je suis arrivé trempé au bar « Le Grand sommeil » où le groupe Rennais Février donnait là son troisième concert. Leur prestation quelques mois plus tôt au Bar Hic m’avait bien plu, j’avais donc envie de les revoir. (c’est plutôt une bonne raison, non ?)

 

 

21h.

Plusieurs personnes sont déjà là, regroupées dehors sur ce petit bout de trottoir de la rue Saint Sauveur. Quelques visages familiers, adeptes des bons plans noise / rock,  m’indiquent que je ne me suis pas trompé d’adresse. Février attire la curiosité : c’est plutôt bon signe pour eux.

 

Vin blanc,  clopes et autres anecdotes sur les dernières sorties d’album, voilà que les premières notes de guitares résonnent. Il est temps de rentrer à l’intérieur. Le concert est gratuit. On en profite donc pour se commander  un nouveau verre, descendre le petit escalier qui mène au sous-sol et là, Ô surprise, les premiers rangs sont déjà remplis.

 

Février au Grand Sommeil

 

Peu de lumière, les instrus de « My sleeping Doll »  comme décor, un tapis par terre et puis lui, Don Lurie et sa guitare et elle, Emilie et son micro : Février débute son set. En mode intimiste face à leur public.

 

Ce qui frappe en premier lieu, c’est le contraste entre Don Lurie et Emilie: le premier en impose par sa taille et sa manière de se balancer de haut en bas lorsque ses riffs de guitares se font plus tranchants.  Emilie, toute de noir vêtue, semble  du coup plus fragile mais ce n’est qu’une impression. Au fur et à mesure du set, sa fragilité se transforme en  une force, une émotion presque rageuse. Son chant se veut torturé, toujours sur le fil du rasoir : une vraie personnalité s’en dégage.

 

Février au Grand Sommeil

 

Il est toujours difficile de rendre compte d’un concert sur papier, la musique se vit et se ressent.

Février reste dans une lignée noise/ post rock et dégage une atmosphère globalement assez sombre. L’unique pédale Fuzz de Don Lurie – et oui, Mônsieur s’accorde à l’oreille ;) – amène au son de sa guitare une touche très brute, sans fioriture avec des notes parfois dissonantes.  La voix d’Emilie, ses textes en anglais, tranchent avec d’autres groupes plus connus dans le post rock. Février est un groupe qui se met en danger en  concert, se mettant véritablement à nu. On ne peut donc pas rester insensible face à cette originalité du duo.

 

Presque 22h

Le concert se termine. La cinquantaine de personne présente réclame une dernière chanson. Février exaucera ce vœu avec un certain plaisir. Encore une fois, Février ne nous a pas déçus. Pour ma part, j’ai juste envie de leur souhaiter de pouvoir jouer sur une scène avec de jolies lumières permettant ainsi à leur musique de prendre une intensité supplémentaire.

FEVRIER a eut la gentillesse de nous répondre à travers une interview par écrit. Merci, et longue route à eux !

 

Février au Grand Sommeil

 

 

  1. Février est un nom ayant plusieurs connotations, vous l’avez choisi un peu par hasard ou y a-t- il une réelle réflexion et si oui laquelle ?

Emilie : Je crois que ça n’a pas le même sens pour Don. C’est logique en fait puisque je n’étais pas sur le projet initial qui est né en 2008. Pour ma part, Février, ça a une jolie consonance, ça évoque à la fois l’hiver et la fièvre, la fragilité et la force… une certaine ambivalence donc ; l’indication d’un mouvement.  C’est aussi mon  mois de naissance, et le hasard fait bien les choses : la première fois que nous avons parlé d’un travail ensemble avec Don, c’était un soir de Février. On avait vu un très bon concert de Savate après ça. Il y a aussi toute une mythologie sur ce mois, mais je m’abstiendrai de parler latin ici… Février-Februa blablabla.

Bref, je n’ai jamais voulu abandonner ce nom, même si le choix de départ ne m’appartient pas forcément, il est parlant, il résonne bien…

 

Don Lurie : À la base du projet, c’était aussi un clin d’œil assumé au morceau de Dominique A.

 

 

 

  1. Guitare / chant…votre duo reste intimiste, c’était un choix volontaire dès le départ ? comment est né le projet ?

Don Lurie : Le projet est né en 1994 alors que je jouais dans un groupe noise rock « Stare Decisis ». J’avais composé plusieurs titres qui ne rentraient pas ce cadre musical avec la ferme intention pour moi d’en découdre avec l’album de Slint Spiderland. A l’époque, je me contentais de jouer et rejouer les titres dans ma chambre mais ce n’est qu’en 2006 dans le cadre de la première compilation « Fais Chanter Tes Copines » que Février a vraiment débuté. J’avais rencontré Manou avec qui on a donné  2, 3 concerts et il existe un extrait de notre collaboration sur cette compilation (encore disponible chez Alphagraph). Elle n’avait plus ensuite le temps, ni l’énergie pour continuer l’aventure. J’ai donc mis Février en Stand By jusqu’à ma rencontre avec Emilie.

Et oui l’idée a toujours été pour Février de travailler l’épure et le dépouillement à la manière des Young Marble Giants et de Slint.

 

Emilie : J’avais envie de me remettre à la zic après une période de creux… je ne savais pas si Don recherchait encore une voix, j’ai demandé, proposé, et c’est parti comme ça. Je jouais dans une formation lorientaise il y a maintenant 10 ans : Veltra, où j’avais un rôle de chanteuse/auteure/claviériste ; on avait fait quelques concerts à l’époque, enregistré 2 démos. J’avais envie de retenter ça.

Pour la formation en duo, elle est pour le moment volontairement restreinte, minimale : je crois qu’il faut d’abord apprendre à bosser ensemble, poser un socle, pour ensuite penser éventuellement à l’intégration d’autres instruments ou instrumentistes. Et parvenir à occuper une scène avec une guitare et une voix, c’est un putain d’exercice !

 

 

 

  1. Qui compose la musique? qui écrit les paroles? concernant les paroles, y a il des sujets de prédilection qui reviennent?

Emilie : Don s’occupe de la musique et je compose le chant et j’écris les textes. Mes sujets sont souvent  des femmes ; stupéfaites, blessées, extatiques, border line, dans des situations critiques, fragiles, comme des fils tendus. Faut juste trouver le bon équilibrage. J’aime bien faire en sorte que l’espace résonne avec la situation émotionnelle de ces personnages, qu’ils s’influencent réciproquement, qu’ils établissent des correspondances.

Je peux aussi parfois reprendre des textes qui me tiennent à cœur ; par exemple sur Chicago Sound, les paroles sortent tout droit du 4.48 Psychosis de Sarah Kane. Sarah is a fucking genious.

 

 

 

  1. Comment travaillez-vous l’harmonie du chant avec celle de la guitare …

Emilie : Toutes les lignes de chant sont écrites à partir de la guitare. Don m’envoie des pistes, je cherche, on teste en répé, et on réajuste petit à petit. Pour les textes c’est différent : Don me laisse complètement carte blanche. J’en ai généralement  un petit paquet en réserve, j’essaye de voir ce qui pourrait coller en termes d’ambiance et d’histoire. Il arrive aussi que des textes émergent à partir d’un seul mot prononcé, mélodiquement appuyé/défini, et je brode ensuite autour pour arriver à un canevas complet.

 

 

 

  1. En live, le son de guitare reste brut, tu utilise une seule pédale d’ailleurs (laquelle) est-ce un choix d’avoir un tel son…envisage tu d’agrémenter plus tard le son de ta gratte avec d’autres effets?

Don Lurie : Je n’utilise pour l’instant qu’une simple pédale fuzz mais ça peut changer mais oui je ne veux et souhaite utiliser pas plus de deux pédales d’effet pour ne pas me retrouver à passer mon temps en concert à appuyer sur des pédales toutes les trente secondes. Tu perds alors le plaisir de jouer et dans l’optique minimale de Février, ça correspond bien au projet.

 

 

 

 

  1. Le groupe restera-t-il un duo, ou vous avez l’idée de faire intervenir d’autres personnes, ou peut être d’autres instrus?

Emilie : Ce n’est pas exclu mais pas dans l’immédiat même si l’apport d’une basse et d’un percussionniste sont envisagés sur du long terme.

 

 

 

  1. Avenir du groupe: concert, enregistrement ?

Emilie : A priori, nous enregistrons quelque chose cet été, en juillet, chez Jérôme et Anso des Minia Zavout. Et on a hâte ! ça va nous permettre de réfléchir plus en détail au son qui demande à être travaillé. On va essayer de sortir une maquette trois titres.

Prochain concert :  le 21 Juin avec My Sleeping Doll aux Petits Papier Place St Germain et en août, toujours en cie de My Sleeping Doll dans une chapelle… et en Morbihan. Plutôt enthousiaste à cette idée, le cadre, l’acoustique, une réverb surpuissante présente naturellement. Ce sera un vrai challenge pour le disto-phile qu’est Don, et pour Février tout court, le public ne sera pas ou que peu habitué à écouter ce genre de proposition. Très loin donc des néophytes noiseux rennais ou du public du Galion lorientais.

 

 

 

  1. Vous avez du faire 3 lives (peut être que je me trompe hein ?!!) : quelles sont les réactions du public vis a vis de votre musique ?

Don Lurie : Les réactions sont en tout cas beaucoup plus positives que lorsque je me produisais en solo avec d’autres compositions comme quoi j’ai bien fait de mettre entre parenthèse ma vision du swamp rock.

 

Emilie : Non non, tu as bien compté. Les réactions public…. sont plutôt pas mal, certaines personnes très voire très très enthousiastes, d’autres plus sur leurs réserves. C’est encore frais, on avance petit à petit. En tout cas, plus on fait de live, plus je me sens à l’aise corporellement parlant, ce qui me paraît être plutôt bon signe… non ?

 

 

 

  1. Question plus perso : quelles sont vos influences musicales, avez vous tournés dans d’autres groupes avant Février ?

Don Lurie : J’ai joué dans Stare Decicis puis Djud, deux formations noise rock et mes influences, je les partage tous les jeudi soir entre 21H30 et 23H dans l’émission « kerozene » sur Canal B.

 

Emilie : pour les influences, mm si elles ne sont pas directement toutes en rapport à Février, je dirais : Pj Harvey, Satie, Chelsea Wolfe, Nick Cave, Chopin, Shannon Wright, Billie Holiday, Scout Niblett, Schubert, Cocteau Twins, Sonic Youth, Mogwai, Portishead, Beethoven, Lush, Einsturzende Neubauten… A toi de voir ce qui te paraît le plus pertinent…

Concernant les autres formations, oui, j’étais dans un groupe début 2000 qui s’appelait Veltra, un groupe hennebonto-lorientais, ça a duré 4 ans, mais vous ne trouverez pas grand chose sur le sujet. On avait clôt l’aventure scénique au Manège fin 2003, en 1ere partie d’un groupe parisien qui s’appelait je crois MJ’s. Et puis plus rien jusqu’en 2007 : 4 titres en duo guitare/loop/voix avec l’ex guitariste Veltra, Sylvain aka Yulungo,  qui lui, est trouvable sur myspace :-)

 

 

 

  1. Si tu veux rajouter quelque chose…

Don Lurie : Bone Is More

 

 

 

 

Politistution

  

 

 

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