Danse : Double Jack au Triangle

Par Léouch, le 3 avril 2014

  

Mercredi 26 mars 2014 au Triangle

 

© Credit Thierry Micouin

 

Un homme : Thierry Micouin, une femme : Carole Gomes, un trouble : Qui est qui ? Si le genre, comme l’annonçait les féministes américaines des années 70, est une construction social, Double Jack en est l’illustration contemporaine.

 

La société construit et divulgue des stéréotypes mordants sur deux positions antagonistes qu’elle préconise, d’une part la féminité et d’autre part la virilité. L’expression de ces attitudes définissant l’homme ou la femme est visible dans les lieux communs de l’existence, se terrent dans la gestualité programmée de l’un et de l’autre. Ces stéréotypes ont conquis les territoires du quotidien, on les rencontre constamment dans les médias qui ne font qu’aggraver ce fossé déterminant les genres.

 

© Caroline Ablain

© Caroline Ablain

 

Double Jack est un spectacle écrit par l’oeil d’un sociologue prenant conscience de ces faits de société, tellement ancrés dans nos réflexes sexués qu’ils en deviennent transparents. Thierry Micouin dont le travail s’appuie majoritairement sur la recherche d’une identité sexuelle a réussit, par ce spectacle, à faire transpirer le mal-être d’un individu qui ne peut se définir dans le féminin ou le masculin. Double Jack est un être frontière s’essayant aux attitudes des deux genres, les délaissant sans s’y reconnaître réellement. C’est par la mimesis des gestes empruntés à des styles musicaux hétéroclites qu’il met en exergue les modèles diffusés par les clips. Il les répète jusqu’à l’absurde, les expérimente sans jamais les adopter, les enchaîne jusqu’à ce qu’ils se vident de leurs contenus symboliques.

 

© Caroline Ablain

© Caroline Ablain

 

Il exorcise une manière d’être, isole les attitudes de manière à ce qu’elles se dissolvent dans la construction identitaire d’un seul individu. La scène devient la chambre d’un adolescent qui dans l’intimité de son miroir s’essaie à être simultanément rappeur, bimbo, rockeur, chanteur de métal etc… Le trouble dans le genre devient plus poignant encore lorsqu’un clone du premier danseur fait son apparition et le remplace. Même attitude corporelle, même habit, même coiffure, ils semblent se confondre à un détail près : le premier danseur est une femme, le deuxième un homme.

 

© Caroline Ablain

© Caroline Ablain

 

L’être qui se révèle double demeure pourtant frontière, jouant des apparences trompeuses des deux corps, il dessine des limites poreuses entre les deux mondes sexuels. Les deux interprètes s’essoufflent dans la recherche d’un moi introuvable parmi le réservoir de gestes qu’ils choisissent. Ils s’enchaînent, sans se rencontrer, comme deux parties d’un tout tenues éloignées par des normes dominatrices.

 

© Caroline Ablain

© Caroline Ablain

 

La présence d’une installation de cinq guitares électriques reliées les unes aux autres en boucle leurs permet d’interagir avec ce qui fait figure d’outils. Un appareillage complexe syndrome d’un système autocentré, tournant sur lui même et se faisant échos. La boucle d’une mélodie qui ne trouve pas la manière de se rompre librement. Voilà ce qu’est l’identité ici. Un serpent qui se mord la queue sans réussir à déjoué le besoin de ressemblance à ce qui fait figure de modèle. L’hyperactivité maladive de celui qui se cherche semble s’estomper lorsque les deux entités se rencontrent et s’observent. Un jeu curieux s’instaure, doublés de leurs ombres ils semblent inventer leur propre répertoire comportementale. Ils se répondent sans la violence des débuts, lancent des câbles dans l’espace, des jets de lignes divergentes rompant le circularité des guitares. C’est par la transcendance des normes qu’ils trouvent un terrain d’entente, l’hymne d’un à coté où l’individu peut s’exprimer dans sa singularité. Double Jack se révèle être, au delà d’un spectacle, une réflexion sociologique sur la personnalité publique dominant l’être intime. Il en cherche la mesure, propose une stratégie pour réconcilier cette double identité en prônant l’être frontière comme modalité d’existence.

 

 

  

Léouch

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

<< Retour à la page précèdente

<< Retour à l'accueil : Toutes les sorties à Rennes